• juillet 21, 2024
  • Last Update juillet 20, 2024 8:24 pm
  • yaoundé

CAMEROUN : Le patrimoine culturel en quête de valorisation

CAMEROUN : Le patrimoine culturel en quête de valorisation

Le patrimoine culturel se définit comme l’ensemble des biens matériels ou immatériels, ayant une importance artistique ou historique certaine et qui appartiennent soit à une entité privée (personne, entreprise, association, etc…), soit à une entité publique (commune, département, région, pays, etc…). Cet ensemble de biens est généralement préservé, restauré, sauvegardé et montré au public, soit de façon exceptionnelle, soit de façon régulière, gratuitement ou au contraire moyennant un droit d’entrée et de visite payant.

Lorsque nous sillonnons les rues de la ville de Yaoundé, la capitale politique du Cameroun, on a dû mal à reconnaître des monuments, des objets qui marquent l’histoire de notre pays, on les compte au bout des doigts. Pourtant cela devait être une évidence, dans les ruelles où les populations ont l’habitude d’y aller, on devait voir des statues, des objets et la liste est longue qui relatent l’histoire du Cameroun.

Naomie Noumbisse est enseignante, selon elle le patrimoine culturel au Cameroun n’est pas valorisé : « Quand on parle de patrimoine culturel, c’est tout ce qui a trait à notre culture, tout ce que nous devons conserver. On pense par exemple à nos nationalistes tels que Ruben Um Nyobe, Félix Roland Moumié, Ernest Ouandié très peu ont des statues à leur effigie. Nous avons le monument de la réunification qui est un patrimoine culturel mais ça ressemble à quoi, qu’est-ce qu’on en fait ? Pour la fête de l’Unité célébrée le 20 mai de cette année 2022, on a bâti un monument où l’on peut lire « J’aime mon pays » au rond-point Hilton dans la ville de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Un monument selon moi pas du tout culturel, ça ne porte pas. Quand nous nous rendons au musée national, il y a des statues qui renvoient à notre culture, c’est ça le patrimoine culturel d’un pays. Normalement on devait avoir un monument du feu président camerounais Ahmadou Ahidjo dans ce pays, mais il n’y en a pas, ce qui n’est pas normal, à notre niveau nous gardons peu de choses de notre culture, que dire de nos enfants. Le patrimoine culturel n’est pas valorisé au Cameroun, le gouvernement doit promouvoir nos nationalistes. Parlant du feu président camerounais, le tout premier d’ailleurs, son corps est encore à l’extérieur pourtant son corps devrait déjà être au pays. C’est l’histoire du pays, c’est une tête importante, on doit valoriser l’histoire du pays, nos enfants voyants cela, posent des questions sur ces patrimoines, nous devons répondre ».

CONCEPT DU PATRIMOINE

Le patrimoine se définit en deux termes :

  • Le patrimoine dit « matériel » est surtout constitué des paysages construits, de l’architecture et de l’urbanisme, des sites archéologiques et géologiques, de certains aménagements de l’espace agricole ou forestier, d’objets d’art immobilier, du patrimoine industriel (outils, instruments, machines…).
  • Le patrimoine dit « immatériel » peut revêtir différentes formes : chants, coutumes, danses, traditions gastronomiques, jeux, mythes, contes et légendes, petits métiers, témoignages, captation de techniques et de savoir-faire, documents écrits et d’archives.

Le patrimoine fait appel à l’idée d’un héritage légué par les générations qui nous ont précédés, et que nous devons transmettre intact ou augmenté aux générations futures, ainsi qu’à la nécessité de constituer un patrimoine pour demain.

On définit plusieurs types de patrimoine : les immeubles et les sites patrimoniaux (patrimoine immobilier), les documents et les objets patrimoniaux (patrimoine mobilier), le patrimoine immatériel (traditions et savoir-faire), les paysages culturels patrimoniaux, les personnages historiques décédés et les lieux des évènements historiques.

Le patrimoine joue un rôle de cohésion entre les peuples et les cultures. La reconnaissance d’un art, d’un savoir-faire ou d’un monument, permet de valoriser une civilisation aux yeux du reste du monde. Avec plus de 1000 sites classés, sans compter le patrimoine immatériel chaque peuple obtient reconnaissance. Il faut dire que le patrimoine culturel revêt une importance vitale dans tous les pays car il représente leur culture et leur civilisation, le patrimoine contribue également à relier la population aux autres populations et en leur créant un sentiment d’appartenance aux racines, aux points communs et aux nobles objectifs.

Culture et patrimoine jouent un rôle fondamental en contribuant à la conservation de la mémoire, au développement du sentiment d’appartenance et au renforcement de l’identité et de l’image de marque d’une localité ou d’une région, tout en étant des facteurs d’attractivité indéniables.

Monument de la Réunification à Yaoundé

LE REGARD D’UNE EXPERTE SUR LE PATRIMOINE CUTUREL

Au Cameroun quand on parle du patrimoine, de quoi est-il réellement question? Nous nous sommes rendus au ministère des Arts et de la Culture, nous avons rencontré Alice Biada épse Madquis, une experte en patrimoine culturel, par ailleurs sous-directeur de la Réglementation des Normes et du Contrôle Archivistique au ministère des Arts et de la Culture (MINAC) qui a accepté de se confier à actu24.info : « Il n’y a pas une définition particulière au Cameroun, la définition est universelle et elle est plus tirée de l’UNESCO, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture. La loi régissant le patrimoine culturel au Cameroun définit le patrimoine comme l’ensemble des biens. C’est-à-dire quand on parle des biens, c’est le patrimoine matériel et quand il s’agit des éléments, on parle du patrimoine culturel immatériel. Ils ont une importance artistique, historique, certaine qui appartiennent soit à une entité privée (une personne ou une entreprise), ou à une entité publique, cela peut-être le musée national, le monument de la réunification ou à une communauté ».

Au Cameroun, l’on enregistre une série de patrimoines en commençant par Yaoundé, le musée national, qui est un patrimoine classé au patrimoine national historique, un site historique au regard du bâtiment qui a abrité la présidence de la république, le monument de la réunification; la Pagode à Douala, bref 46 patrimoines « matériels » sont classés par arrêté du ministre des Arts et de la Culture.  Le patrimoine « matériel » est visible, est tangible, contrairement au patrimoine « immatériel » qui est invisible comme les danses, les expressions, les valeurs culturelles.

Madame Biada épouse Madquis travaille depuis 12 ans au MINAC à la direction du Patrimoine culturel. Malgré cette affectation à la direction des archives depuis plus d’un an elle n’a pas cessé de travailler dans le domaine du patrimoine culturel, avec ses collaborateurs, ils essaient de trouver des stratégies pour valoriser le patrimoine culturel : « Nous avons soumis sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO le premier site culturel qui sera inscrit, on ne sait pas, mais il est soumis pour examen en 2023 par le comité du patrimoine mondial. En fait c’est un site qui représente un paysage culturel de Diy Gid Biy des Monts Mandara, un site archéologique qui se trouve dans le département du Mayo Tsanaga, dans la région de l’Extrême Nord, et qui date entre le 12ème et le 16ème siècle. C’est un site qui regorge d’immenses richesses matérielles et immatérielles du patrimoine de la communauté Mafa. Le travail a été fait pendant trois ans, le dossier a été soumis au centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, nous attendons l’examen du comité parce qu’il n’est pas encore inscrit. Pour le moment nous avons deux sites, si vous voulez deux biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial. Ce sont deux biens naturels, la Réserve du Faune du Dja (RFD) et la partie camerounaise du Tri national de la Sangha (TNS), parc naturel partagé avec le Congo et la République de la Centrafrique. Nous n’avons pas de site culturel. Si le comité après la mission d’évaluation des organes consultatifs juge que le bien mérite d’être inscrit sur la liste du patrimoine mondial, au mérite que le label patrimoine mondial soit donné à ce site qui est le paysage culturel de Diy Gid Biy des Monts Madara, ce site sera inscrit, pour le moment il a été soumis il n’est pas encore examiné. Une fois inscrit au patrimoine mondial, ce patrimoine devient un patrimoine de l’humanité, c’est l’image de marque du Cameroun qui est vendue. Quand un site est inscrit, forcément il y a des bénéfices qui sont engrangés, autour du site il y aura forcément un développement, les routes, les hôpitaux, les écoles et d’autres aspects qui vont se développer pour permettre aux communautés de s’épanouir, mieux qui peuvent améliorer les conditions de vie des communautés ».

En fait quand un site est sur la liste du patrimoine mondial, il faut dire que le label fait beaucoup plus parler le Cameroun dans ce sens. On dit généralement que le Cameroun est l’Afrique en miniature mais le Cameroun n’a jamais eu de sites culturels inscrits sur le plan mondial, uniquement sur le plan national.

Certes des travaux sont en cours, nous rassure le sous-directeur de la Réglementation des Normes et du Contrôle Archivistiques au MINAC, pour inscrire Bimbia, les Chutes de la Lobé. Cela doit respecter certains critères, la valeur universelle exceptionnelle doit être prouvée et avérée. Des travaux ont ainsi été lancés pour qu’on labelise les sites cités ci-dessus. Le gouvernement par l’entremise du ministère des Arts et de la Culture a donc beaucoup d’efforts à faire pour valoriser le patrimoine culturel au Cameroun. Le personnel adéquat envisage travailler de façon concrète sur la valorisation, sur la gestion et le suivi effectif qui permettent la mise en valeur du patrimoine culturel.

L’experte en patrimoine culturel conclut : « Avant d’aller au niveau mondial, il faut que sur le plan local, on puisse mettre en place un mécanisme de protection, un mécanisme sérieux de gestion, de suivi en vue d’une meilleure mise en valeur ».

Il serait donc souhaitable de valoriser les grandes figures de l’histoire du Cameroun, dans toutes les régions, les villes urbaines comme rurales. Mettre en valeur les nationalistes déjà décédés, Paul Bernard Kemayou qui a vécu de 1938 à 1985, Castor Osende Afana de 1930 à 1966, Félix Roland Moumié de 1924 à 1971, pour ne citer que ces cas de figures, des personnes qui se sont élevées au Cameroun contre toutes les formes de domination coloniale, singulièrement contre les dominations coloniales allemande puis franco-britannique.  

Excepté les nationalistes à valoriser, il y a également les objets artistiques du patrimoine camerounais tels que les chutes de la Lobé, le parc de Waza, le Mont Cameroun, les Masques Bamoun et autres joyaux des Grassfields, les fantazia et les percussions sahéliennes qui font du pays de Paul Biya une véritable destination touristique.

Le patrimoine culturel au Cameroun est encore aujourd’hui constitué à 85% de ce que les ethnologues appellent une collection dont le but est de faire connaître et comprendre la société, la nature, l’histoire et la culture d’une unité de population définie par une identité linguistique et anthropologique exprimée.

La valorisation du patrimoine culturel au Cameroun se démontre aussi par le brassage des valeurs culturelles entre les quatre aires culturelles à savoir : le Fang béti, le Sawa, Grassfields et Soudano-sahélien. De véritables danses qui valorisent la culture de notre pays, la tradition.

Le patrimoine est un domaine très vaste avec bon nombre de concepts, de valeurs, de définitions, mais le plus important pour tout un chacun est de savoir sauvegarder ces richesses culturelles mais surtout valoriser le patrimoine culturel camerounais en quête de reconnaissance sur le plan mondial.

administrator

Related Articles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *