Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a officiellement lancé le 3 juin 2026 à Yaoundé l’Opération d’assainissement du fichier des allocations familiales de l’État (AALFA). Il préside le comité chargé de conduire cette réforme aux côtés du ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Joseph Le, vice-président du comité, ainsi que du directeur général du Bureau National de l’État Civil (BUNEC) et de plusieurs hauts responsables administratifs. Cette initiative s’inscrit dans le cadre des orientations du Chef de l’État visant à moderniser la gestion des finances publiques, rationaliser les dépenses de l’État et lutter contre les flux financiers irréguliers.
Myriam DJAMEN
Les analyses menées sur la base de données de la solde de l’État ont révélé plusieurs anomalies préoccupantes. En moins de cinq ans, les dépenses consacrées aux allocations familiales sont passées de 21 milliards à 38 milliards de FCFA. Si cette augmentation s’explique en partie par la revalorisation de l’allocation familiale par enfant, passée de 2 800 FCFA à 4 500 FCFA en février 2024, les autorités estiment que cette seule mesure ne justifie pas l’ampleur de la progression observée. Le ministère des Finances relève notamment une croissance jugée disproportionnée du nombre d’enfants enregistrés dans le fichier des bénéficiaires.
Des irrégularités multiples détectées
Les investigations préliminaires ont mis en évidence plusieurs types d’anomalies. Parmi celles-ci figurent des cas de naissances multiples statistiquement improbables, des doublons, des enfants déclarés simultanément par plusieurs agents publics, ainsi que des écarts d’âge biologiquement invraisemblables entre enfants attribués à une même mère. Les autorités évoquent également l’existence présumée d’enfants fictifs ayant permis le versement indu d’allocations familiales.
Garantir les droits des bénéficiaires légitimes
Le gouvernement tient toutefois à rassurer les fonctionnaires et agents publics concernés. Selon les responsables de l’opération, il ne s’agit pas d’une remise en cause des acquis sociaux, mais d’une démarche destinée à renforcer l’équité et la justice dans l’attribution des prestations. Les agents dont les situations familiales sont conformes à la réglementation continueront de bénéficier intégralement de leurs droits. L’objectif est avant tout de garantir que les dépenses publiques respectent les principes de régularité, de transparence, de sincérité et de soutenabilité budgétaire.

Quatre objectifs pour fiabiliser le système
L’opération AALFA poursuit plusieurs objectifs majeurs : vérifier la légalité et la validité des pièces justificatives produites par les bénéficiaires ; actualiser le fichier central des ayants droit légitimes ; éliminer les enfants fictifs, les doublons et les alignements frauduleux ; mettre en place des mécanismes de contrôle permanents afin de prévenir toute réapparition des fraudes. À terme, les autorités souhaitent renforcer l’intégrité du système informatique de gestion de la solde de l’État et améliorer la qualité des données administratives.
Un audit portant sur plus de 923 000 enfants
L’enjeu financier est considérable. Selon les chiffres communiqués par l’administration, l’audit concernera précisément 923 307 enfants enregistrés dans le fichier des allocations familiales. Les équipes chargées de l’opération devront examiner près d’un million d’entrées tout en veillant à ne pas perturber le traitement régulier de la solde des agents publics. Pour mener à bien cette mission, l’administration prévoit d’utiliser des outils avancés d’analyse de données capables de détecter automatiquement les incohérences et les situations suspectes.
Une campagne de collecte prévue entre juin et août 2026
La phase de collecte des pièces justificatives se déroulera du 25 juin au 25 juillet 2026. Elle sera suivie d’une période de traitement et de vérification qui s’étendra jusqu’au 15 août 2026, notamment avec l’appui des établissements bancaires partenaires et des Trésoreries générales régionales. À l’issue du processus, le ministère des Finances espère disposer d’un fichier entièrement assaini, réaliser des économies budgétaires substantielles et identifier les éventuelles fraudes afin de prendre les mesures appropriées.
« Distinguer les actes authentiques des faux documents »
Pour SIMO Kengne Robert, coordonnateur du secrétariat technique du comité AALFA, cette opération est le résultat d’une réflexion gouvernementale destinée à résoudre durablement les dysfonctionnements constatés. « Les constats faits sur l’évolution des allocations familiales ont été portés à l’attention du Premier ministre par le ministre des Finances. Il a été estimé que la meilleure solution consistait à réunir l’ensemble des administrations concernées afin d’auditer cette composante salariale », explique-t-il.
Selon lui, les actes de naissance ayant servi à l’alignement des enfants seront collectés, numérisés puis analysés. Les dossiers ne comportant aucun justificatif seront retirés du fichier, tandis que les actes jugés suspects feront l’objet d’une authentification auprès des centres d’état civil avec l’appui du BUNEC. « Nous allons pouvoir distinguer les actes authentiques des faux documents. Les allocations correspondant à des actes frauduleux seront supprimées. Mais nous mettrons également en place une procédure contradictoire permettant aux personnes estimant avoir été lésées de faire valoir leurs droits et d’éviter des contentieux inutiles », conclut-il.

