• mars 19, 2026
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Droits des femmes au Cameroun : la Commission nationale appelle à renforcer justice et égalité

Droits des femmes au Cameroun : la Commission nationale appelle à renforcer justice et égalité

À l’occasion de la 41ᵉ édition de la Journée internationale de la femme, célébrée le 8 mars 2026, la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) a publié une déclaration officielle appelant à renforcer la protection des droits des femmes et à accélérer les actions en faveur de l’égalité de genre. Placée sous le thème « Pour toutes les femmes et les filles : Droits, justice et action », cette journée a été l’occasion pour l’institution de dresser un état des lieux des avancées et des défis persistants en matière de droits des femmes au Cameroun.

By Myriam Djamegne

La Journée internationale de la femme, un levier pour la visibilité des inégalités

Dans sa déclaration, la Commission souligne que négliger ou boycotter la Journée internationale de la femme reviendrait à affaiblir la visibilité des inégalités et des injustices auxquelles les femmes continuent de faire face. Selon l’institution, un tel désengagement risquerait de renforcer les disparités de genre et de rendre invisibles des problèmes persistants tels que les discriminations, les violences basées sur le genre et l’accès inégal aux ressources économiques et aux postes de pouvoir.

La Commission estime également que les sociétés qui minimisent ces enjeux sous-estiment les contributions et le potentiel de plus de la moitié de leur population, ce qui freine leur développement social, économique et démocratique.

Le rappel des engagements juridiques nationaux et africains

La CDHC rappelle que la Constitution du Cameroun du 18 janvier 1996 consacre le principe d’égalité entre les citoyens, affirmant que toute personne possède des droits inaliénables sans distinction de sexe et que la nation a le devoir de protéger la femme.

Au niveau continental, la Commission met en avant l’apport de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples dans l’évolution de la jurisprudence relative aux droits des femmes. Elle cite notamment l’arrêt rendu le 11 mai 2018 dans l’affaire APDF et IHRDA contre la République du Mali, qui a reconnu plusieurs violations liées notamment à l’âge minimum du mariage, au consentement au mariage et aux droits successoraux des femmes et des enfants nés hors mariage.

Des avancées saluées dans la représentation féminine

La Commission salue certaines initiatives des pouvoirs publics visant à renforcer l’accès des femmes à la justice et leur participation à la gouvernance. Elle cite notamment la nomination, par décret présidentiel du 20 novembre 2025, de Marie Claire Dieudonnée Nseng Elang au poste de procureur général près la Cour suprême, une première pour une femme camerounaise.

L’institution accueille également favorablement la signature d’un accord de partenariat entre le ministère de l’Enseignement supérieur (MINESUP) et le ministère de la Promotion de la femme et de la famille (MINPROFF). Signé le 6 mars 2026 à Yaoundé, cet accord vise à soutenir les femmes et les personnes vulnérables grâce à des programmes de formation, notamment en psychologie et dans la lutte contre les violences basées sur le genre. La cérémonie s’est déroulée sous le haut patronage de la Première dame, Chantal Biya, ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO.

Une sous-représentation persistante dans les instances décisionnelles

Malgré ces avancées, la Commission demeure préoccupée par la faible présence des femmes dans les postes de décision publique. Les statistiques présentées montrent que les femmes représentent : environ 16 % des membres du gouvernement, 26 % des sénateurs, près de 24 % des conseillers municipaux et 22,88 % des conseillers régionaux.

Ces chiffres restent en deçà de l’objectif de 30 % de représentation féminine prévu dans la politique nationale du genre et la Stratégie nationale de développement 2020-2030.

L’inquiétude face aux violences basées sur le genre

La Commission exprime également sa vive préoccupation face à la persistance des violences basées sur le genre, notamment les féminicides et les violences domestiques. Elle évoque notamment le cas récent du viol et de l’assassinat de deux élèves du lycée bilingue de Kribi, Sidonie Zeh Eyamo (18 ans) et Dili Hana Annonena (22 ans), dont les corps ont été retrouvés en février 2026 près d’une plantation de la Société camerounaise de palmeraies (SOCAPALM). Les auteurs de ces crimes restent en fuite, tandis qu’une enquête a été ouverte par les autorités judiciaires locales.

Des recommandations pour renforcer la protection des femmes

Face à ces défis, la Commission appelle le gouvernement à finaliser le projet de loi relatif aux violences faites aux femmes et aux enfants, afin de renforcer le dispositif juridique de lutte contre les violences basées sur le genre. Elle recommande également : l’introduction de quotas contraignants d’au moins 30 % de femmes dans les nominations au sein de la fonction publique et sur les listes de candidats aux prochaines élections législatives et municipales ; la mise en place d’une assistance judiciaire gratuite et systématique pour les femmes victimes de violences ; la multiplication des audiences foraines dans les zones rurales pour faciliter l’accès à la justice et lutter contre l’impunité.

Renforcer l’éducation aux droits humains dès l’école

Enfin, la Commission exhorte les ministères de l’Éducation de base et des Enseignements secondaires à intégrer l’éducation aux droits de l’homme dans les programmes scolaires, avec un accent particulier sur les droits des femmes et la prévention des violences basées sur le genre.

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